ENTRETIEN | Bernadette Sambou Saivet, Sénégal Bi Nu Bok: « Les Sénégalais sont fatigués des querelles de leadership ; ils attendent des résultats »

Lesenegalaislibre
8 Min Read
Screenshot

XALIMANEWS: À moins de trois ans de l’élection présidentielle de 2029, le paysage politique sénégalais connaît de profondes recompositions. Entre la création du nouveau parti du président Bassirou Diomaye Faye, les interrogations sur l’avenir du tandem exécutif, le repositionnement des forces de l’opposition et les premières manœuvres en vue des prochaines échéances électorales, le débat politique s’intensifie.

Dans ce contexte marqué par une forte effervescence, la rédaction de Xalima est allée à la rencontre de Bernadette Sambou Saivet, responsable du Mouvement des femmes de Sénégal Bi Ñu Bokk. Dans cet entretien, elle livre son regard sur les défis auxquels fait face le pouvoir, revient sur les tensions au sommet de l’État, évoque les ambitions de Barthélémy Dias pour 2029, défend le bilan de ce dernier à la tête de Dakar et expose la vision de son mouvement concernant la place des femmes ainsi que le rôle stratégique de la diaspora dans la construction de l’alternative politique qu’il entend proposer aux Sénégalais.

Interview : Bernadette Sambou Saivet, Responsable du Mouvement des femmes, Sénégal Bi Ñu Bokk

1. le Président Bassirou Diomaye Faye a récemment officialisé la création de son propre parti politique. À l’heure où le Sénégal traverse une crise économique majeure, avec une inflation persistante et un chômage endémique, ne pensez-vous pas que le Chef de l’État devrait concentrer toute son énergie sur le terrain social et économique plutôt que de s’adonner à des manœuvres politiciennes ?

La première réalité aujourd’hui, c’est la perte d’espoir que ressentent beaucoup de Sénégalais. Il y a deux ans, on leur promettait la rupture et des jours meilleurs. Aujourd’hui, le pouvoir d’achat reste sous pression, le chômage des jeunes demeure une urgence, les femmes se sentent oubliées et une crise de confiance s’installe vis-à-vis de la parole publique et des institutions.

Dans ce contexte, je pense que le Président devrait concentrer toute son énergie sur les priorités économiques et sociales. La création d’un nouveau parti politique donne le sentiment que les préoccupations des Sénégalais passent après les recompositions politiques. L’urgence est de gouverner, de créer des emplois, de restaurer la confiance et de répondre aux attentes des populations.

2. Le parti présidentiel Pastef, qui semblait uni derrière le tandem Sonko-Diomaye, apparaît aujourd’hui divisé. Plusieurs de ses cadres historiques rejoignent le nouveau parti du Président. En tant que membre de l’opposition, quelle lecture faites-vous de cette situation ? Assiste-t-on à la fin d’un cycle politique pour le parti de Ousmane Sonko ?

Ce qui se passe aujourd’hui révèle surtout les limites d’un tandem politique présenté comme indissociable. Une fois au pouvoir, la réalité institutionnelle a repris ses droits et les divergences sont apparues.

Pour nous, au Sénégal Bi Ñu Bokk, l’essentiel n’est pas de commenter les divisions de nos adversaires mais de proposer une alternative crédible. Les Sénégalais sont fatigués des querelles de leadership ; ils attendent des résultats, de la stabilité et une gouvernance efficace.

3.  Avec cette recomposition politique, votre leader, Barthélémy Dias, a fait le choix ces derniers mois de privilégier le terrain plutôt que les déclarations médiatiques. Dans ce nouveau contexte, estimez-vous que cette stratégie peut lui ouvrir les portes de la magistrature suprême en 2029 ?

Oui, parce qu’il a compris que la confiance se construit sur le terrain. Avec le DOKH MBOOK, il va à la rencontre des Sénégalais, écoute leurs préoccupations et construit une alternative avec eux.

Cette proximité, associée à son expérience à la tête de la Ville de Dakar, fait de lui un candidat pleinement crédible. En politique, on ne gagne pas seulement avec des discours ; on gagne en étant proche des citoyens et en apportant des réponses concrètes à leur quotidien.

4. Barthélémy Dias avait qualifié le tandem Ousmane Sonko – Bassirou Diomaye Faye de « pire erreur de l’histoire politique du Sénégal ». Après plus de deux ans passés au pouvoir, l’histoire lui donne-t-elle raison ?

Les faits donnent aujourd’hui pleinement crédit à son analyse. Il avait alerté très tôt sur les risques d’un pouvoir reposant sur deux centres de décision. Les tensions actuelles montrent que cette inquiétude n’était pas infondée et que les ambitions personnelles peuvent fragiliser l’action publique.

Mais au-delà des rivalités politiques, ce qui nous préoccupe, c’est le quotidien des Sénégalais. Beaucoup estiment que les promesses de rupture n’ont pas produit les résultats espérés. Notre rôle est de rappeler que l’intérêt général doit toujours primer sur les ambitions personnelles.

5. Le maire sortant de Dakar, Barthélémy Dias, a laissé un bilan que les observateurs jugent très positif. Pensez-vous que ce bilan, couplé à la dynamique du Sénégal Bi Nu Bokk, permettra à votre mouvement de récupérer la mairie de la capitale lors des prochaines élections locales ?

Le premier juge sera toujours le peuple dakarois. Barthélémy Dias présente un bilan concret dans les domaines de la santé, des infrastructures, de l’éducation, du social, de la jeunesse, du sport et de la gouvernance locale.

Ce bilan, associé à la dynamique du Sénégal Bi Ñu Bokk et au travail de terrain engagé avec le DOKH MBOOK, nous rend confiants. Mais nous restons humbles : une élection se gagne par le travail, la proximité et la confiance renouvelée des citoyens.

6. Pour terminer, quel regard portez-vous sur la section France de votre mouvement ? Comment percevez-vous le rôle de la diaspora dans la vie politique sénégalaise, et comment comptez-vous l’impliquer davantage dans les mois à venir ?

La diaspora ne doit plus être considérée uniquement comme un guichet de transferts financiers. Elle est une force de compétences, d’investissement, d’innovation et d’engagement citoyen.

En France, nous poursuivons la structuration de Sénégal Bi Ñu Bokk à travers les adhésions, les visites de proximité, les cafés militants, les Messages du Lundi et notre présence sur les réseaux sociaux. En tant que responsable du Mouvement des Femmes, je continuerai également à défendre une plus grande place des femmes dans les instances de décision, car le Sénégal de demain se construira avec elles.

Ne privons pas le Sénégal de la moitié de ses talents. Les femmes ne sont pas seulement l’avenir de notre pays, elles en sont déjà la force essentielle.

PIDvito, Xalima le 31 juillet 2026

Share This Article
Leave a Comment

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *