Journée nationale de la Diaspora : Omar Kane plaide pour la stabilité au sommet de l’État afin de rassurer les Sénégalais de l’extérieur

Lesenegalaislibre
8 Min Read

XALIMANEWS: À l’occasion de la Journée nationale de la Diaspora, célébrée le 17 décembre 2025, Xalima a donné la parole à Omar Kane, Sénégalais résidant au Canada depuis plusieurs années. Observateur attentif des dynamiques économiques, sociales et politiques de son pays d’origine, il livre une analyse lucide du rôle de la diaspora dans le développement du Sénégal, tout en pointant les obstacles structurels qui freinent son plein engagement. Gouvernance, investissement, transfert de compétences, participation citoyenne et message à la jeunesse : Omar Kane plaide pour une relation plus fluide, inclusive et responsable entre l’État sénégalais et ses ressortissants de l’extérieur

Depuis le Canada, comment analysez-vous l’évolution du rôle de la diaspora sénégalaise dans le développement économique et social du pays ?
Pensez-vous que son potentiel est aujourd’hui pleinement valorisé par les pouvoirs publics ?

La diaspora sénégalaise joue aujourd’hui un rôle majeur dans le développement économique et social du Sénégal. Sur le plan économique, de nombreux entrepreneurs issus de la diaspora ont implanté des succursales au pays, créant des emplois dans des secteurs clés tels que le transport, l’agriculture, le commerce, les boutiques cosmétiques et l’alimentaire.

Sur le plan social, l’engagement est tout aussi remarquable. Plusieurs organisations de la diaspora se mobilisent bénévolement pour équiper des dispensaires et des hôpitaux, construire des salles de classe ou encore réaliser des forages. Ces actions sont particulièrement visibles dans les zones rurales et les villes éloignées de Dakar.

Cependant, ce potentiel reste insuffisamment valorisé par les pouvoirs publics. La lenteur administrative et le manque de réponses concrètes des autorités constituent de véritables freins. À titre d’exemple, le dédouanement des véhicules et des marchandises acheminés par la diaspora demeure trop informel. La digitalisation complète de ces procédures permettrait non seulement de faciliter les démarches, mais aussi de lutter efficacement contre les paiements non enregistrés dans le système douanier.

La diaspora est souvent présentée comme un levier stratégique pour l’investissement et le transfert de compétences.
Quels obstacles concrets freinent encore l’engagement des Sénégalais de l’extérieur ?

Plusieurs obstacles freinent encore l’engagement des Sénégalais de l’extérieur. D’abord, le manque d’informations fiables et actualisées sur le marché sénégalais complique la prise de décision des investisseurs. Il est souvent difficile d’accéder à des données pertinentes et crédibles.

Ensuite, le déficit de confiance reste un problème majeur. De nombreux compatriotes ont vécu des expériences malheureuses dans des projets avortés, souvent à cause de conflits avec des proches. Ces traumatismes freinent toute nouvelle tentative, notamment dans des domaines sensibles comme le foncier, les documents administratifs ou la gestion des comptes bancaires.

En ce qui concerne le transfert de compétences, des avancées sont visibles. Plusieurs Sénégalais qualifiés rentrent au pays, mais malheureusement, la majorité d’entre eux occupent des postes à caractère politique. Il est encore très rare de les voir intégrer durablement le secteur privé, alors que leur expertise pourrait y être extrêmement bénéfique.

En tant que Sénégalais vivant au Canada, quel regard portez-vous sur la gouvernance actuelle du pays et les attentes exprimées par les compatriotes de l’extérieur ?

Mon regard sur la gouvernance actuelle est plutôt mitigé. Ce que nous observons depuis l’extérieur n’est pas totalement rassurant. Les tensions et conflits internes au sein du parti au pouvoir donnent une impression d’instabilité, ce qui suscite des inquiétudes chez les membres de la diaspora.

Cette situation peut décourager certains compatriotes qui envisageaient de rentrer au pays ou d’y investir, tout comme les futurs investisseurs étrangers. La diaspora aspire avant tout à un Sénégal stable, apaisé et prévisible, condition indispensable à tout engagement durable.

Comment la diaspora peut-elle contribuer, de manière responsable et constructive, au débat démocratique et à la stabilité politique du Sénégal ?

Avant l’accession au pouvoir, le parti aujourd’hui au gouvernement avait su mobiliser efficacement des compétences issues de la diaspora, notamment en matière de communication, de stratégie politique, de financement et d’utilisation des réseaux sociaux. Cela prouve la qualité et l’importance de la diaspora dans tous les domaines.

Aujourd’hui encore, la diaspora demeure un vivier exceptionnel de compétences. Le Sénégal gagnerait à mieux exploiter l’expérience de ces compatriotes, qu’ils soient jeunes professionnels ou proches de la retraite, et qui occupent des postes stratégiques dans de grandes entreprises canadiennes, des municipalités ou même au sein du gouvernement canadien.

À ce titre, il est encourageant de constater que l’Ambassade du Sénégal au Canada, à travers son bureau économique, s’emploie actuellement à recenser ces talents afin de mieux les intégrer dans les projets de développement national.

À l’occasion de cette Journée nationale de la Diaspora, quel message souhaitez-vous adresser aux autorités sénégalaises ainsi qu’aux jeunes Sénégalais tentés par l’émigration ?

Aux autorités sénégalaises, je souhaite attirer l’attention sur un problème persistant : l’absence de machine de production de passeports à l’Ambassade du Sénégal au Canada. Cela fait plus de quinze ans que cette difficulté perdure, alors que la communauté sénégalaise a considérablement augmenté. Il n’est plus acceptable d’attendre plus de trois mois pour renouveler un passeport ou d’être contraint de voyager pour effectuer cette démarche.

Il serait également pertinent de mettre en place une commission sociale afin d’assister les Sénégalais vivant des situations précaires à l’étranger, notamment en facilitant, pour ceux qui le souhaitent, leur retour au pays. Par ailleurs, lors des visites officielles au Canada, il est essentiel que les autorités rencontrent l’ensemble de la communauté, et non uniquement les militants de leur parti, afin de mieux prendre en compte les doléances de tous.

Aux jeunes tentés par l’émigration, je conseille avant tout de privilégier les voies légales et d’éviter les agences frauduleuses qui ont causé d’énormes préjudices à de nombreux étudiants. Contrairement aux promesses souvent faites, il n’est pas possible de subvenir facilement à ses besoins une fois sur place sans moyens financiers solides. Étudier au Canada exige une préparation sérieuse, un bon équilibre psychologique et des ressources suffisantes. Pour ceux qui visent une installation durable, toutes les informations officielles sur la résidence permanente sont disponibles sur le site de l’Ambassade du Canada.

interview realisee

Share This Article
Leave a Comment

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *